Beaucoup de choses ont été dites sur ces créatures mais qu’en est-il vraiment de leurs origines? de leur pouvoir? de leur historicité?
A l’heure où les foules se déchainent pour Twilight/fascination, je vous propose un petit article (avec le concours de mon chéri vampirologue et de wiki, mon ami) pour mieux cerner la chose.
Un préambule au mythe du vampire.
Durant l’antiquité, une nécessité.
- Dans la Grèce antique déjà, on retrouve des évocations à propos de morts revenus à la vie pour se repaître du sang des vigoureux vivants que nous sommes :
« Tire ton épée aiguë de sa gaîne, le long de ta cuisse, et ne permets pas aux ombres vaines des morts de boire le sang, avant que tu aies entendu Teirésias. »
Odyssée, chapitre 10
- De même, lors de la bataille fratricide d’Etéocle et Polynice pour le trône de Thèbes, le tout nouveau roi Créon déclare ce dernier « traître à sa patrie ».
(Je résume crapuleusement les faits bien sûr mais j’en viens à ce qui m’interesse)
Trop mort pour être puni ou torturé, Polynice se voir interdir son droit à la sépulture et par conséquent, interdir à son âme de reposer en paix.
(Enterré avec l’obole dans la bouche pour payer le passeur, Charon et ainsi traverser le Styx, fleuve des Enfers pour gagner soit les champs Elisées (paradis avant d’être une grande avenue) ou le tartare (notre enfer à proprement parler, avant d’être un fromage à tartiner). On connaît la suite de l’histoire pour avoir souvent été obligée de la lire en 5ème : Antigone s’oppose à cette décision et tente de l’enterrer en douce.
Découverte, elle est condamnée à être emurée vivante par le même Créon…
Entre temps, elle se pend, son fiancé fou de douleur se suicide et sa propre mère se tue.
Parce que dans la mythologie grecque, quand ça finit bien, c’est une erreur de traduction.
- Où est ce que je veux en venir?
Je veux en venir au fait qu’on a pris grand soin d’effrayer les foules avec ces histoires de revenants.
(je ne les appelles pas encore « vampires » car à part sucer le sang, ça reste des fantômes très commun)
La menace est simple : pas de sépulture = risque que vos défunts vous vident de votre sang dans votre sommeil en représailles.
- Quelques siècles plus tard, on passe de simple évocation de mythes, de poésies à un décret juridique.
En effet, à l’époque romaine, on trouve la loi Jus Pontificum selon laquelle les corps ne devaient pas être laissés sans sépulture. De plus, les tombes étaient protégées contre les voleurs et ennemis. Les violations étaient considérées comme sacrilège et punies de mort.
- Dans l’antiquité donc, le vampire devenait une nécessité.
Il était nécessaire d’effrayer les foules au cas où il leur prendraient l’idée de laisser leur mort à ciel ouvert.
Car laisser un cadavre devant sa porte, ça pue, c’est sâle ok mais c’est aussi courir le risque de faire arriver les charognards, les rats, les corbeaux et plus encore les épidémies, la peste, voire la fin du monde.
La naissance du « vampire »
Au Moyen-Age, un prétexte
Le plus concrètement possible, le vampire « historique » est un mort dont la terre ne veut pas et qu’elle recrache donc. Il s’est trouvé qu’en Europe de l’est 2 ou 3 morts se sont retrouvés hors de leur tombe alors qu’on les avait enterré la veille.
A la même époque, on a même retrouvé quelques dizaines de moutons égorgés…
Ecartant donc la thèse de la violation bien humaine de sépulture afin de dépouiller ces morts et, par la même occasion, celle des loups affamés dévorant les moutons (comme il y a toujours eu de tout temps), on préféra la théorie du revenant diabolique et assoiffé de sang.
…
Moui.
Ca pourrait paraître un peu léger et orienté si au XIIe siècle, on ne s’amusait pas à bruler les vampires pour calmer la passion populaire. De même, au XVe siècle, les épidémies de pestes sont l’occasion pour la population (surtout en Europe de l’Est) d’une véritable frénésie anti-vampire.
Au XVIe siècle, apparaît la première grande figure du vampirisme : la comtesse hongroise Elizabeth Báthory.
On lui attribue bien souvent de se baigner dans le sang de vierges pures innocentes.
Cependant, si historiquement la comtesse fut condamnée pour le rapt et la torture de paysannes, il n’est pas noté dans ses procès verbaux qu’elle s’en faisait des bains.
La comtesse fut pourtant bel et bien emmurée vivante dans son propre château accusée de torture et, plus ou moins, de vampirisme.
Évidemment, le fait qu’elle fut riche et noble dans une ville où on mourrait de faim n’a aucun rapport avec sa mort.

Cependant, ce n’est qu’en 1725 que le mot « vampire » apparaît pour la première fois.
Ce qui n’a pas empêché tout au long de ces siècles, d’accuser ces revenants de toutes sortes de maux, d’épidémies et de vols.
Il ne faut pas perdre de vue non plus que pour l’Église catholique, la chose était un sujet sérieux et politique. Dans la bible, les âmes des morts ont trois alternatives : Paradis, Enfer ou Purgatoire. Or le vampire est un mort qui ne se retrouve dans aucune de ces trois catégories, puisque c’est une âme qui erre sur Terre. Sa simple existence remet donc en cause le dogme catholique et donc la puissance de l’Église.
A ce stade de mon article, vous pouvez constater qu’on a affaire à rien de plus qu’un revenant buveur de sang, rien de plus et rien de moins.
Le vampire, un thème littéraire
Le premier texte anglais sur ce thème fut the « Vampyre » de John Stagg en 1810.
Mais le premier personnage qui attira l’attention fut Lord Ruthven, créé par John William Polidori en 1819 dans une longue nouvelle intitulée « Le Vampire ». Le contexte d’écriture de cette dernière nouvelle est remarquable. Un défi fut lancé par Lord Byron lors d’une journée pluvieuse à, entre autres, John (qui refusa) et Mary Shelley, avec le but d’écrire une nouvelle mettant en scène un mort-vivant. Mary Shelley engendra d’ailleurs Frankenstein. En revanche, Lord Byron, manquant d’inspiration, abandonna ses notes à son secrétaire John William Polidori, qui travailla cette ébauche et eut un succès immédiat en Europe. De fait, la paternité de ce récit fut âprement disputée entre les deux écrivains et fût finalement attribuée à Lord Byron.
Avec sa publication, le thème du vampirisme devient alors incontournable et de nombreux auteurs britanniques, allemands, français s’y essaient : Théophile Gautier, Hoffman, Tolstoï, etc.
Bram Stocker. Le vampire en tant que « héro » romantique.
Dracula présenté comme LE vampire par excellence.
Bram Stocker choisit de s’inspirer du personnage Vlad III Ţepeş (« l’Empaleur ») qui n’a rien d’un vampire mais qui est tout de même un sacré désaxé.
Il est dit de lui que ses propres hommes préféraient mourir au combat plutôt que de revenir vers lui vaincus et ainsi s’exposer à sa colère. Et quand je parle de colère j’entends : empalements, enterrements vivants, écartèlements, etc.
Dracula devient ce monstre mais est aussi un réprouvé, un rejeté de Dieu, une personne à craindre mais aussi à plaindre. Un véritable héros romantique en manque de l’être aimé… Cet œuvre prête au célèbre vampire une complexité intéressante, et révèlent le conflit qu’il incarne entre Éros et Thanatos, construisant un personnage tourmenté, damné.
Les caractéristiques des vampires — et en particulier celles du Comte Dracula — ont subi de nombreuses variations au gré des différentes adaptations, aussi bien concernant leurs pouvoirs que leurs faiblesses ou leurs origines. Le personnage du Comte lui-même est considéré dans différentes œuvres sous des éclairages très contrastés : personnification de la mort ; incarnation de la bestialité ; mais également symbole de la sexualité et de la sensualité ou archétype du séducteur irrésistible.
C’est à ce moment là que le vampire devient cet être séduisant, immortel, doté de pouvoirs surnaturels,…
Selon les mythes, légendes ou auteurs, le vampire dispose, en effet, de forces ou de faiblesses différentes. Ainsi, dans le roman de Bram Stoker, les facultés de Dracula sont énumérées de façon précise par l’un des personnages, le docteur Van Helsing :
« Il faut savoir que le nosferatu ne meurt pas, comme l’abeille, une fois qu’il a fait une victime. Au contraire, il n’en devient que plus fort ; et, plus fort, il n’en est que plus dangereux (…). Il se sert de la nécromancie, art qui, comme l’indique l’étymologie du mot, consiste à évoquer les morts pour deviner l’avenir, et tous les morts dont il peut approcher sont à ses ordres (…). Il peut, avec pourtant certaines réserves, apparaître où et quand il veut et sous l’une ou l’autre forme de son choix ; il a même le pouvoir, dans une certaine mesure, de se rendre maître des éléments : la tempête, le brouillard, le tonnerre, et de se faire obéir de créatures inférieures, telles que le rat, le hibou, la chauve-souris, la phalène, le renard et le loup ; il peut se faire grand et se rapetisser et, à certains moments, il disparaît exactement comme s’il n’existait plus.»
Le même personnage précise toutefois plus loin que plusieurs moyens sont utilisables pour éliminer le vampire :
« Il est prisonnier, plus qu’un homme condamné aux galères, plus qu’un fou enfermé dans un cabanon. Aller là où il a envie lui est interdit. Lui qui n’est pas un être selon la nature, il doit cependant obéir à certaines de ses lois – pourquoi, nous n’en savons rien. Toutes les portes ne lui sont pas ouvertes ; il faut au préalable qu’on l’ait prié d’entrer ; alors seulement il peut venir quand il le désire. Son pouvoir cesse, comme d’ailleurs celui de toutes les puissances malignes, dès les premières lueurs de l’aube. Il jouit d’une certaine liberté, mais en des moments précis. S’il ne se trouve pas à l’endroit où il voudrait être, il ne peut s’y rendre qu’à midi, ou au lever, ou au coucher du soleil (…). Ainsi, tandis que le vampire peut parfois accomplir sa propre volonté, pourvu qu’il respecte les limitations qui lui sont imposées et se confine dans son domaine : son cercueil à lui, son enfer à lui, ou encore dans un endroit non béni (…) ; et encore ne peut-il se déplacer qu’à des moments bien précis. On dit aussi qu’il ne peut franchir des eaux vives qu’à marée haute ou lorsque la mer est étale. Et puis, il y a des choses qui lui ôtent tout pouvoir, comme l’ail, nous le savons assez ; comme ce symbole, ma petite croix d’or, devant laquelle il recule avec respect et s’enfuit. Il y en a encore d’autres (…) : une branche de rosier sauvage, posée sur son cercueil, l’empêche d’en sortir, une balle bénite que l’on tirerait sur son cercueil le tuerait et il deviendrait alors un mort véritable. Quant au pieu que l’on enfonce dans son cœur, nous savons qu’il lui donne également le repos éternel, repos éternel qu’il connaît de même si on lui coupe la tête. Il ne se reflète pas non plus dans les miroirs et son corps ne fait pas d’ombre. »
Sur ce, je vous conseille le film de Coppola de 1992, basé sur le roman de Bram Stocker.
Un vrai bijou cinématographique!

Anne Rice ou le vampire sex-symbol
Les vampires d’Anne Rice se démarquent des vampires classiques comme Dracula par différents aspects.
- Ils ne sont pas affectés par les armes classiquement utilisées contre les vampires : ail, croix ou argent ; ils ne peuvent pas non plus être détruits par des pieux en bois.
- Ils ont besoin de sang, mais pas chaque nuit (selon l’âge). Le sang humain est préféré pour son goût, mais le sang animal peut aussi être consommé.
- Ils ne sont pas sujets au vieillissement, si ce n’est que les siècles passants, leur corps ressemble de plus en plus à celui d’une statue : leur peau pâlit toujours plus et leur chair devient aussi dure que du marbre.
Dans la plupart des cas, les vampires de moins d’un millier d’années peuvent être détruits par les rayons du soleil ou par le feu.
- Ils ne possèdent pas non plus de pouvoirs typiquement « vampiriques » tels que la capacité de se changer en chauve-souris ou de jeter des sorts, mais les plus forts et anciens ont le pouvoir de voler. La plupart d’entre eux possèdent également la capacité de lire dans les pensées des humains ou des vampires plus faibles, hormis ceux qu’ils ont eux-même vampirisé. Ils peuvent se déplacer extrêmement rapidement (plus vite que l’œil humain ne peut le percevoir), possèdent une très grande force et leurs sens sont particulièrement acérés.
- Les plus anciens peuvent également avoir d’autres talents tels que le don de faire se mouvoir les objets par le jeu de leur volonté (Don de l’Esprit) ou celui d’embraser toute chose par la pensée (Don du Feu). Ils possèdent souvent de grandes qualités artistiques.
- La principale caractéristique des vampires d’Anne Rice est leur personnalité sensible, émotive et sensuelle, souvent la proie de passions.
- Ils sont en général très beaux, étant donné que les anciens évitent de créer des novices avec des humains laids ou âgés.

Les années 2000 : l’explosion.
Le vampire comme objet de fascination diverse
Qu’on parle de séries TV (Buffy, Angel, supernatural,…);
de jeux vidéos (BloodRayne, Castlevania,…);
de jeux de rôles (vampire: la mascarade,…);
de mangas (Hellsing,…);
de BD (je suis un vampire,…);
d’animes (Blood+, Vampire hunter D,…);
Et même de nouveaux films, explorant de nouvelles thématiques tel que :
Underworld 1 et 2 : la guerre entre loups et vampires;
Blade : le vampire tueur de vampires;
Le petit vampire : celui pour enfants;
…
Le vampire a pris bien des formes dans une multitude de médias différents.
Le phénomène : twilight
Avant d’exploser le box-office, Twilight était déjà un best-seller.
Fascination (« Twilight ») est le premier tome d’une saga de Stephenie Meyer, La Saga du désir interdit, racontant l’amour impossible entre Edward Cullen, un vampire, et Bella Swan, simple humaine.
On remarque que l’auteur a voulu présenter en même temps que son œuvre sa propre version des créatures buveuses de sang tout en s’inspirant des caractéristiques de l’image classique du vampire :
- Ainsi, on reconnaît chez ceux de Twilight la beauté ensorcelante -d’où leur facilité à attraper leurs proies,
- la peau pâle et dure comme du granit,
- l’immortalité, les capacités de se mouvoir avec grâce et à une vitesse fulgurante, ainsi que la force et les cinq sens surdéveloppés.
Mais on leur trouve également quelques différences :
- Leur résistance est totalement hors du commun : un vampire tel que l’on se l’imagine dans d’autres contes et romans devrait mourir si l’on parvenait à lui trancher la tête, or dans Twilight, les créatures sont encore capables de garder le contrôle de leurs membres -et ainsi conserver une part de leur combativité- après avoir été mis en pièces.
- On croit aussi que le vampire ne supporte pas les rayons du soleil, dont il se cache à tout prix : c’est le cas dans Twilight, à ceci près que la créature ne succombe pas aux lueurs de l’astre ; toutefois, les rayons provoquent une réaction de leur peau, créant des reflets sur celle-ci et lui donnant ainsi l’aspect d’un diamant. De ce fait, ils deviennent facile à repérer, même au milieu d’une foule. Cette réaction est fort mise en valeur dans Tentation (New Moon).
- En plus de cela, certains vampires de Twilight bénéficient d’un pouvoir qui leur est propre: par exemple, Edward peut lire les pensées de n’importe quel individu -sauf Bella-, sa sœur Alice, quant à elle, possède un don de voyance lui permettant de voir des images du futur (bien que ce don de voyance ne soit pas toujours exact), Jasper parvient à maîtriser et changer les émotions des gens, etc..
- Autre détail caractérisant cette sorte de vampires : le processus leur permettant de transformer les humains en leurs semblables : leurs dents sont en effet pourvues d’un venin qui, une fois un individu mordu, se propage dans les veines de ce dernier jusqu’au cœur. L’individu est alors contaminé. Au bout de trois jours, et après avoir enduré les souffrances de la mutation, il est un vampire.
- Dans Twilight, les vampires perdent la couleur de leurs yeux naturels -autrement dit, ceux qu’ils avaient dans leur vie d’humain- au profit d’une couleur qui est spécifique au régime alimentaire : La couleur des yeux chez les « végétariens », c’est à dire ceux qui ne boivent pas le sang des humains, est l’ambre. Les autres ont les yeux rouge sang. Par contre, lorsqu’un vampire se trouve assoiffé, ses iris prennent une couleur noir profond.
- Enfin l’auteur, Stephenie Meyer crée par ailleurs son propre genre de vampires en leur donnant dans son roman le nom de « Sang-froid ».

Je ne pourrai commenter plus ce nouvel opus pour la bonne et simple raison que je ne l’ai encore ni vu, ni lu.
Mais mon article du week end sera probablement la critique du film…
:p