Parce qu’on ne peut pas toujours parler d’ongles vernis, de fora aux idées stupides et d’accouchement imminent…
Quoique
Intéressons nous à l’Égypte antique !
Oui, comme ça, brutalement
Une question – et non de vigoureux coups de pieds bien placés entre deux côtes – m’a réveillée cette nuit vers 4h du matin : quid de la femme enceinte en Égypte antique?
Parce que, oui. Ce sont le genre de questions que se posent les égyptologues enceintes dans leur sommeil… Je crois…
Tout d’abord, et contrairement à ce qu’on pourrait bien penser, non, la femme n’est pas totalement un objet de parade pour l’homme égyptien.
Elle a quelques droits, quelque utilité et a peut même prétendre à quelques égards de la part de sa tendre moitié comme, par exemple, un peu de tendresse :
« Si tu es sage garde ta maison,
aime ta femme sans mélange.
Remplis son ventre,
habille son dos,
ce sont les soins à donner à son corps.
Caresse-la,
comble ses désirs tout le temps de son existence.
Ne sois pas brutal,
la douceur conduira mieux ta femme que la violence.
Son bien-être et son bonheur, voilà ce à quoi aspire son cœur, et, voilà ce qu’elle attend de toi.
C’est ton amour qui la rend heureuse dans la maison, car si tu la repousses ce sera pour elle un abîme…
ouvre-lui grands tes bras pour qu’elle s’y blottisse, appelle-la et montre-lui ton amour. »
L’enseignement de Ptahhotep, Papyrus Prisse, Bibliothèque nationale de France, environs 2400 ans avant notre ère (5ème dynastie).
Comment se passe un accouchement en Égypte antique?
Tout d’abord, vous ne passez pas votre grossesse seule mais sous la protection de trois divinités (petite veinarde) :
- Taouret, représentée sous la forme d’une hippopotame. Un symbole parfait de la maternité…
- Bes, un nain particulièrement moche et difforme qui est supposé chasser les mauvais esprits (mais aussi les animaux dangereux comme les scorpions par exemple)
- Meskhenet, la déesse de la naissance qui est également considérée comme l’assise des fondements du Monde, une jolie métaphore n’est ce pas?
En plus de cela :
- Amon était invoqué afin qu’il consolide le cœur de la future maman et qu’il garde en vie celui qui allait naître
- Khnoum, le dieu-potier, était prié d’accorder une bonne santé au nouveau-né
- Heqet, la déesse grenouille et les incontournables Isis et Nephtys étaient également présentes lors de l’accouchement
- Enfin, Thoth était souvent requis ainsi que Hathor, gardienne du foyer
Au chevet du nouveau-né se dressaient également parfois les sept « Hathor ». Ces espèces de Parques ou de Moires égyptiennes révélaient de quelle manière le nouvel être humain trouverait la mort et permettait au père de famille de dresser un « horoscope » pour son enfant.
La maternité
Lorsque la femme sent qu’elle va accoucher, elle s’isole dans un pavillon, sorte de maison de naissance, construit spécialement à cet usage, le mammisi.
Le confort est variable. Du bois et des feuilles pour les dames du commun ou de la belle pierre bien cossue pour les nanties.
L’important était que ces pavillons étaient situés en dehors de la sphère de vie, à l’extérieur des quartiers résidentiels, à l’extérieur de la maison.
Pas toujours mais souvent !
En effet, on a également retrouvés, lors de fouilles, quelques exemples de mammisi construits sur les toits des maisons.
Là encore, on tente d’isoler autant que faire se peut la femme en travail…
Le matériel de gynécologie
On a assez peu de représentations de ce genre, le sujet étant sinon tabou, en tout cas, intime.
On sait cependant que faisaient partie du matériel de la parturiente, une natte, un repose-tête, un coussin et un tabouret.
Le top grand luxe !
Le seul instrument utilisé par la sage-femme était un couteau en obsidienne qui permettait de sectionner le cordon ombilical (enfin selon Hérodote)…
Il avait peut-être une signification rituelle mais on doit bien avouer qu’on en sait pas grand chose !
L’équipe médicale
L’accouchement en lui-même se faisait en présence d’une sage-femme, d’amies, de voisines, de servantes,… mais sans « médecin ».
Parce que l’accouchement, c’est bien connu, c’est une histoire de nana.
Le travail
La parturiente est nue (ce qui expliquerait la présence uniquement féminine?) et accouche généralement agenouillée ou assise sur un siège spécial ou bien encore accroupie sur quatre briques rituelles qui évoque la présence de Meskhenet, notre déesse de tout à l’heure.
Certaines techniques étaient utilisées pour « faciliter » l’accouchement :
- Placer de l’eau chaude sous le siège ou brûler de la résine près de l’abdomen afin que les vapeurs facilitent la délivrance
…
L’efficacité de la technique reste à prouver
- Dans le papyrus nommé le « Papyrus Ebers », on lit que mélanger de la plante kheper-wr (plante non identifiée), du miel, de l’eau de caroube et du lait puis de filtrer et placer cette mixture dans le vagin était idéal pour provoquer des contractions.
- Masser le ventre de la future mère avec de la poudre de safran trempée dans de la bière afin de diminuer les douleurs
Donc, n’apportez pas de doudous à la maternité, apportez de la jupiler !
- Placer une amulette magique en ivoire sur le ventre de la parturiente.
Même remarque que pour l’eau et la résine
Par contre, aucun écrit ne permet de reconstruire les manœuvres obstétricales qui pouvaient être connues à cette époque !
Les pratiques d’embaumement connaissent le même tabou.
Doit-on y voir la volonté de garder secrètes des techniques ancestrales ou une simple discrétion/protection vis-à-vis de ces pratiques très intimes?
Le débat reste entier.
Après la naissance, l’enfant était déposé sur le lit symbolique du Meskhenet, toujours lui.
Pour établir un pronostic vital à la naissance, certains écrits disent que si l’enfant prononçait un « Hii » il vivrait,
par contre un « Mbi » annonçait une mort imminente.
Le fait de tourner son visage vers le sol était également un très mauvais présage pour le bébé.
…
La délivrance
Le placenta possédait un pouvoir « magique » vis-à-vis du devenir de l’enfant.
On l’enterrait devant la maison ou on le jetait dans le Nil afin d’assurer la survie du bébé.
Il n’est pas exclu qu’il ait même été utilisé comme reconstituant pour la mère ou le bébé (étant donné sa richesse en fer et autres éléments).
Et oui, je sous-entends bel et bien qu’ils le mangeaient
Fille ou garçon?
Une fois n’est pas coutume, et le fait est assez rare pour être relevé, la naissance d’une fille était aussi bien accueillie que la naissance d’un garçon.
Encore une fois, faisons fi de nos préjugés !
Je le rappelle, dans l’Égypte ancienne, la femme était relativement égale à l’homme (en tout cas, pas rabaissée plus bas que terre comme certains pourraient le penser). Elles avaient mêmes des droits sociaux.
A noter que dans les civilisations dites « classiques » comme en Grèce ou à Rome… He bien bobonne, c’est même pas une citoyenne à proprement parler!
Nous connaissons, par ailleurs, de grandes reines telles Cléopâtre et Hatchepsout. Par contre, je mets au défi quiconque de me citer deux impératrices romaines…
^^
Cependant, même si toute naissance était une joie, une certaine préférence pour les enfants de sexe masculin était liée au fait que le fils faisait vivre le nom de son père, qu’il était chargé de l’enterrer et d’entretenir sa tombe.
Et les jumeaux ?
Mmmmmh…
Ben là, ça devient moyen.
On en a retrouvé que quelques traces… mais il semble que ces naissances n’étaient pas souhaitées.
Peut-être en raison des risques accrus lors de l’accouchement :
« Nous lui donnerons des enfants mâles et femelles mais la préserverons des jumeaux »
Papyrus Westcar, Ägyptisches Museum Berlin, XXème siècle avant notre ère
Risques à la naissance
La mortalité périnatale était élevée tant pour la mère que pour le nouveau-né.
Dans certaines tombes, on a trouvé les restes de femmes ayant à leurs côtés des fragments de fœtus ou de nouveaux-nés.
Des déformations du bassin, susceptibles d’entraver un accouchement normal, ont été retrouvées sur certaines momies féminines. Par exemple, dans la tombe prévue pour Horemheb à Saqqarah (avant qu’il ne devienne roi), on a découvert les restes de l’une de ses femmes, Moutnédjémet, morte vers 40 ou 45 ans, et parmi eux les ossements d’un fœtus complètement développé. On peut donc se demander si la reine n’est pas décédée en mettant au monde un enfant.
Un autre exemple est la momie de la dame Henhenet (XIIe dynastie) sur laquelle on a décelé une vaste déchirure de la vessie provoquée très certainement par des tentatives d’extraction d’un bébé au travers d’un bassin très étroit.
Pour les enfants, on considère qu’un sur deux ou trois mourait à la naissance ou dans la période périnatale.
Les causes de cette mortalité infantile néonatale étaient les malformations mais aussi des infections digestives qui pouvaient survenir très rapidement. Pour protéger les nouveaux-nés, on plaçait des amulettes autour d’eux ou accrochées à leur cou (représentations de divinités, formules magiques écrites sur des petits morceaux de papyrus enroulés).
Le retour des couches
Après l’accouchement, rien de tel qu’une petite « purification » rituelle.
Pendant 14 jours, la jeune mère s’isolait du lieu de vie commune avec son nourrisson. Cet isolement pouvait se faire dans le pavillon de naissance. On ne connait pas exactement la signification de cette purification car le même terme désigne les « règles » et il se pourrait qu’il y ait confusion entre celles-ci et les « lochies » qui suivent normalement un accouchement.
Ces écoulements étaient-ils considérés comme des saletés qui devaient être évacuées? Toujours est-il que ces quelques jours permettaient à l’accouchée de se reposer et de s’occuper de son bébé tandis que les femmes de l’entourage s’occupaient de la maison.
On a retrouvé un certain nombre de représentations de femmes allongées ou assises, allaitant leur bébé.
L’allaitement
PRIMORDIAL !
… Et la première inquiétude de la maman était de ne pas pouvoir l’assumer.
Comme quoi, des milliers d’années plus tard…
Il existait des formules magiques et des recettes médicales pour favoriser la montée du lait et éviter qu’elle ne se tarisse.
La déesse Taouret était invoquée pour que le précieux breuvage soit abondant.
Habituellement, les enfants étaient nourris au sein pendant trois ans. Ceci offrait certains avantages: le lait maternel était nutritif et permettait une alimentation optimale du nourrisson. De plus, étant stérile, il protégeait des gastroentérites si funestes pour eux. Enfin, tant que la lactation durait, la mère évitait une nouvelle grossesse.
D’après les papyri médicaux, on s’assurait de la qualité du lait maternel: il devait émettre une odeur de plantes aromatiques ou de farine de caroube.
Par contre, si une odeur proche de celle des poissons en émanait, il valait mieux confier l’enfant à une nourrice.
Le conseil reste valable de nos jours…
Le métier de nourrice était bien considéré et ouvert aux femmes de toutes classes sociales. On faisait appel à elles en différentes circonstances: dames de la haute société qui ne souhaitaient pas nourrir leur bébé, mères n’ayant pas de lait en suffisance, mères décédées à l’accouchement. L’histoire a retenu le nom de nourrices royales, recrutées parmi les épouses de fonctionnaires élevés, cette fonction étant l’une des plus importantes exercées par une femme.
Enfin, le lait de femme était utilisé à des fins médicales:
- Cicatrisant des brûlures
- Antitussif pour les enfants (dans ce cas, il était mélangé à du miel et à des dattes)
- Collyre ophtalmique (particulièrement, le lait d’une femme ayant accouché d’un garçon)
- Stimulateur de fécondité.
Pour ces utilisations, le lait était recueilli dans des récipients spéciaux, représentant une femme portant ou allaitant un nouveau-né.
Source « technique » ici : J. Tyldesley., les femmes dans l’ancienne Égypte


